*Le héros n'a pas de nom. Ou plutôt pas d'identité fixe. Il change de nom et de vie comme on change de chemise.*

*Le héros n'a pas de nom. Ou plutôt pas d'identité fixe. Il change de nom et de vie comme on change de chemise.*
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....Après coup, je compris: ce qui désormais m'émouvait, c'était ce qui ne correspondait à rien de connu. Si une émotion évoquait la joie, la tristesse, l'amour, la nostalgie, la colère, etc., elle me laissait de glace. Ma sensibilité n'ouvrait plus ses portes qu'aux sentiments sans précédent, celles qui ne pouvaient être classées parmi les bonnes ou mauvaises. Il s'en alla de même pour ce qui dès lors, me tint lieu de sentiments : je n'éprouvais plus que ceux qui vibraient par-delà le bien et le mal.
....L'oreille m'avait ramené parmi les vivants. Je décidai d'ouvrir une nouvelle fenêtre : l'oeil. Il semblait que l'art contemporain fût conçu pour les êtres de mon espèce.
....On me vit là où je n'étais jamais allé auparavant, à Beaubourg, à la FIAC. J'y regardais des propositions qui ne rimaient à rien : c'était ce qu'il me fallait.

Journal d'Hirondelle - Amélie NOTHOMB

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# Posté le jeudi 17 juillet 2008 08:02

Modifié le jeudi 17 juillet 2008 14:28

. Les livres de Joyce Carol Oates sont des miroirs jetés à la face des Etats-Unis. .

. Les livres de Joyce Carol Oates sont des miroirs jetés à la face des Etats-Unis. .
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...........Mais il avait échappé à l'Hadès. Il était vivant.
...........Alma sortit de la salle de bain d'un pas chancelant. Elle avait les traits tirés par la fatigue, il ne l'avait jamais vue ainsi. Il se mit à parler vite, d'un ton implorant : Alma! Vous aviez raison... j'ai menti. Je ne pouvais pas dire la vérité. Ils ont essayé d'acheter leur fuite... de nier qu'ils étaient juifs. J'ai menti pour eux! Ils ont affirme qu'ils étaient chrétiens, qu'ils s'étaient alliés à des familles protestantes et converties. Ils ont supplié, imploré, ils ont essayé de négocier avec le Reich, ils ont versé de l'argent à des officiels nazis pour qu'ils les autorisent à émigrer, les nazis ont pris leur argent -bien sûr!- mais cela n'a rien changé, leurs biens ont été "aryanisés", ils ont été transporter dans les camps comme les plus pauvres des Juifs, les Juifs qu'ils méprisaient, voilà pourquoi je les appelle "les ombres": ils n'ont jamais été réels. Vous aviez raison, Alma, j'ai tellement honte. Sa voix était aiguë et désespérée. Il ne sentait pas ses jambes, il était devenu un torse, bon à empiler comme du bois à brûler. Ils... ils m'ont envoyé à l'étranger. J'ai été sauvé. J'ai été le seul. Je ne pouvais pas les trahir, il fallait que je mente pour eux! J'ai tellement...
...........Il délirait, divaguait. Alma lui saisit les mains lorqu'il tenta d'arracher l'aiguille de la perfusion. Arrêtez! C'était il y a longtemps, ce n'était pas vous. Vous délirez. Ce qu'il faut, c'est que vous guérissiez. Rien de tout ça n'a d'importance, d'accord?

La Fille tatouée - Joyce Carol OATES

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# Posté le jeudi 17 juillet 2008 08:03

Modifié le jeudi 17 juillet 2008 14:35

.Le Grand Bleu.

.Le Grand Bleu.
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...........Thomas a eu le temps de reconnaître Cas Social, sans doute en compagnie de l'un ou l'autre de ses sbires.
...........À cette heure, le parc est fermé. Mais rien de plus simple que d'escalader la grille!
...........- Nous avons de la visite! s'écrie Frankie, comme Thomas s'approche.
...........- Salut! fait ce dernier.
...........- Falut!
...........De nuit, l'Édenté est encore plus impressionnant qu'en plein jour. Son corps est ramassé sur lui-même lui donne un allure de molosse. El est de ces êtres dont on dit: Je n'aimerais pas le rencontrer à minuit au coin d'un bois. Mais ce soir, Thomas est imperméable à la peur. Même la fin du monde le laisserait de glace. Son éc½urement l'habite, à l'exclusion de tout autre sentiment.
...........Sans chercher à lier conversation, le Grand Bleu prend place aux côtés des deux autres.
...........- Alors, t'es content? fait Cas Social pour rompre le silence. On n'y a plus touché, à tes petits protégés!
...........- M'en fiche, ils peuvent tous aller se faire voir, répond Thomas.
...........Un coup de vent essore les arbres. La pluie contente dans leurs feuilles asperge le trio.
...........- La vache! s'exclame Frankie, s'ébrouant.
...........- V'ai tout pris fur la gueule!
...........Perdu dans ses pensées, Thomas ne bronche même pas.
...........- Tu veux une "taf"? propose Cas Social en lui tendant sa cigarette.
...........Thomas relève la tête, le regarde en pleine face:
...........- T'es sérieux?
...........Au bout des doigts tendus, le petit cylindre blanc couronné de tisons l'hypnotise.
...........- Ben... évidemment!
...........- T'as pas la trouille?
...........Cas Social pouffe:
...........- La trouille? Et de qui j'aurais la trouille, s'il te plaît? De toi?
...........La réponse de Grand Bleu est un cri de défi:
...........- Non, du sida!
...........- Paraît que t'es féropo? intervient l'Édenté. Les mômes du collève ne parlent plus que de fa!
...........- C'est pas eux qui me laisseraient tirer sur leur mégot! ajoute Thomas, amer. Il y en a qui n'osent même plus me serrer la main. Comme si mon virus allait leur sauter à la gorge!
...........Cas Social crache par terre avec mépris:
...........- Compte pas sur moi pour te plaindre, mon pote! Si tu fréquentes des débiles, tant pis pour toi, tu n'as que ce que tu mérites! Alors, ma clope, tu la veux ou tu la veux pas?
...........- Je ne fume pas, mais merci quand même, répond le Grand Bleu du fond du coeur.

La vie à reculons - GUDULE

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# Posté le jeudi 17 juillet 2008 08:04

Modifié le jeudi 17 juillet 2008 14:53

.« Ne connaître ni d'Ève, ni d'Adam » = N'avoir jamais entendu parler de quelque chose ou de quelqu'un..

.« Ne connaître ni d'Ève, ni d'Adam » = N'avoir jamais entendu parler de quelque chose ou de quelqu'un..
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...........Il paraît qu'il est peu glorieux de fuir. Dommage, c'est tellement agréable. La fuite donne la plus formidable sensation de liberté qui se puisse éprouver. On se sent plus libre en fuyant que si l'on n'a rien à fuir. Le fuyard a les muscles des jambes en transe, la peau frémissante, les narines palpitantes, les yeux agrandis.
...........Le concept de liberté est un sujet rébattu dont les premiers mots me font bâiller. ...........L'expérience physique de la liberté, c'est autre chose. On devrait toujours avoir quelque chose à fuir, pour cultiver en soi cette possibilité merveilleuse. D'ailleurs, on a toujours quelque chose à fuir. Ne serait-ce que soit-même.
...........La bonne nouvelle, c'est que l'on fuit de soi, c'est la petite prison que la sédentarité installe n'importe où. On prend ses cliquer et ses claques et on s'en va: le moi est tellement étonné qu'il oublie de jouer les geôliers. On peut se semer comme on sèmerait des poursuivants.
...........Par la fenêtre, la Sibérie interminable, toute blanche d'hiver, prison idéale pour cause d'immensité. Ceux qui s'évadent meurent perdus dans un excès d'espace. C'est le paradoxe de l'infini: on pressent une liberté qui n'y existe pas. C'est une prison si grande qu'on n'en sort jamais. Vu d'avion, c'est facile à comprendre.
...........Le Zarathoustra que je conviens se surprit à penser à pied, j'aurais laissé des traces dans la neige, on m'aurait piste. Les ailes, une sacré trouvaille.
...........Peu glorieuse, la fuite? C'est pourtant mieux que de se laisser attraper. Le seul déshonneur, c'est de ne pas être libre.

Ni d'Eve ni d'Adam - Amélie NOTHOMB

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# Posté le jeudi 17 juillet 2008 08:04

Modifié le jeudi 17 juillet 2008 15:04

.Voilà la vie conjugale, une association de tueurs qui s'en prennent aux autres avant de s'en prendre à eux, un long chemin vers la mort qui laisse des cadavres sur la route. Lorsque vous voyez une femme et un homme devant le maire, demandez-vous lequel des deux sera l'assassin..

.Voilà la vie conjugale, une association de tueurs qui s'en prennent aux autres avant de s'en prendre à eux, un long chemin vers la mort qui laisse des cadavres sur la route. Lorsque vous voyez une femme et un homme devant le maire, demandez-vous lequel des deux sera l'assassin..
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...........LISA. Alors?
...........Il hoche la tête négativement. Inquiète, elle insiste.
...........LISA. Si! Prends ton temps. Concentre-toi.
...........Il pose un regard consciencieux et exhaustif sur chaque meuble puis courbe le cou, vaincu, piteux.
...........LISA. Rien?
...........GILLES. Rien.
...........Ne pouvant se satisfaire de cette réponse, elle lui fait poser sa valise, referme la porte et le prend par le bras pour le conduire jusqu'à un siège.
...........LISA. Voilà le fauteuil où tu aimes lire.
...........GILLES. Il m'a l'air épuisé.
...........LISA. Je t'ai proposé cent fois d'en changer le tissu mais tu m'as répondu que je devais choisir entre le tapissier et toi.
...........Gilles s'assoit dans le fauteuil. Il grimace de douleur.
...........GILLES. Il n'y a pas que le tissu à changer, il me semble qu'un des ressorts est plutôt agressif.
...........LISA. Le ressort intellectuel.
...........GILLES. Pardon?
...........LISA. Tu prétends qu'un fauteuil n'est pain que s'il est inconfortable. Ce ressort qui te rentre dans la fesse gauche, tu l'appelles le ressort intellectuel, l'aiguillon de la pensée, le pic de la vigilance!
...........GILLES. Suis-je un faux intellectuel ou un véritable fakir?
...........LISA. Assieds-toi à ton bureau.
...........Docile, il la suit mais considère la chaise avec méfiance, y passant la main. Lorqu'il s'assoit, on entend le métal couiner. Il soupire.
...........GILLES. Ai-je aussi une théorie sur les sièges qui crissent?
...........LISA. Évidemment. Tu refuses que j'y mette une goutte d'huile. Tu considères chaque grincement comme une sonnette d'alarme. Un tabouret rouillé participe activement à ton combat contre le relâchement universel.
...........GILLES. Aurais-je des théories sur tout?
...........LISA. Presque. Tu ne supportes pas que je range ton bureau, appelant le chaos dans lequel tu entasses les papiers l'ordre d'archivage historique. Tu assures qu'une bibliothèque sans poussière est une bibliothèque de salle d'attente. Tu estimes que les miettes, ça n'est pas sale puisque nous mangeons le pain. [...] Après 15 ans d'études et de proximités conjugales, je suis d'ailleurs parvenue à ramener tes multiples théories à une seule thèse, mais fondamentale celle-ci: ne rien faire dans une maison!
...........Il a une sourire désolé, très doux.
...........GILLES. Vivre avec moi est infernal?
[...] ...........LISA. C'est sans doute infernal mais... d'une certaine façon... je tiens à cet enfer.
...........GILLES. Pourquoi?
...........LISA. Il y fait chaud...
...........GILLES. Toujours, en enfer.
...........LISA. Et j'y ai ma place...
...........GILLES. Lucide Lucifer...

Petits crimes conjugaux - E.-E. SCHMITT

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# Posté le jeudi 17 juillet 2008 08:05

Modifié le jeudi 17 juillet 2008 15:13